0 On est tellement à vivre le drame de l'amour qui s'enfuit, à croire que notre histoire est unique, à vouloir que notre peine ne ressemble à celle de personne. J'écoute les histoires, les drames ordinaires, je comprends la douleur. Je minimise la mienne, je lui ordonne de partir, je la défie d'être plus forte que moi. Et dans les yeux des autres, j'essaie de ne pas montrer les larmes qui coulent quand je me cache, les nuits sans sommeil, les rêves qui font si mal... Je ne sais pas comment imaginer demain : est-ce que mon coeur saignera encore ? est-ce que je devrai faire semblant ? est-ce que je serai guerrie ? est-ce que le parfum, le toucher, le gout, ne seront plus que des souvenirs ? Mais chaque jour est aussi dur. Même entourée, je me sens si seule. Même écoutée, je me sens incomprise. Même consolée, je me sens toujours immergée, je me sens toujours dans le noir. Je ne sais pas partir. J'aimerai être ailleurs, j'aimerai ne plus penser, ne plus rêver... Toutes les choses que je fais pour me donner l'illusion d'être heureuse ne sont que des mensonges que j'additionnent comme des preuves que je vis encore, que rien ne compte vraiment. Ce n'est qu'une souffrance ordinaire. On devrait toujours savoir que quand on dit "je t'aime", on ne parle que du présent. On devrait toujours se dire que tout se casse, que tout s'enfuit, que tout finit un jour. Même le bonheur. Même l'amour. Surtout l'amour...